Charlotte a 17 ans.

Réalisé par Sophie Lorain, sorti le 12 juin 2019.

Tout commence avec un flyers à la sortie du film Dark-Phoénix (pas fou au passage) et le podcast Mansplaining (qui lui est très bien) où Thomas Messias s’étend sur ce film pour parler du slut-shaming. Le slut-shaming est l’idée de « couvrir de honte » une femme considérée comme une salope, car elle n’a pas un comportement sexuel qui rentre dans les normes de la société.

C’est justement de cela dont parle ce film Québécois. Voici le résumé que vous pouvez trouver dans le dossier de presse, de la boite de distribution Les Valseurs :

« Après sa première rupture, Charlotte pense que sa vie est foutue… Foutue, jusqu’à ce qu’elle trouve un petit boulot dans un magasin de jouets, plein de vendeurs aussi charmants qu’accueillants. On y travaille un peu, on s’y amuse beaucoup. Charlotte se laisse prendre au jeu et enchaîne les histoires sans lendemain. Mais le qu’en-dira-t-on la rattrape. Un garçon qui collectionne les filles, c’est ok. Une fille… Et si on dépassait enfin tout ça ? Charlotte a un plan. »

Elle allait réaliser « la fiche parfaite », jusqu’à ce qu’on lui fasse remarquer le soir Halloween que si elle couche avec un autre de ses collègues, elle aurait fait le tour des jeunes hommes qui travaillent dans le magasin. Elle est mortifiée, et se juge elle-même, avant que n’importe qui d’autres filles comme garçons n’aient vraiment émis de jugement. Le mois de novembre arrive et les garçons décident de faire la Movember. Ils se laissent pousser la moustache pour récolter des fond pour sensibiliser sur les maladies masculines, comme le cancer de la prostate. Charlotte va choisir l’abstinence pour récolter des fonds pour les singes en voie d’extinction.

Je sais que la méthode de la grève du sexe fait débat, et cela donne aussi lieu à des discussions dans le film. Pour Charlotte, le but est de reprendre le contrôle sur sa sexualité, éviter qu’on la traite de « salope dans le mauvais sens du terme » et d’arrêter d’être dépendante affective comme elle dit.

Cela pose ainsi énormément de questions sur la manière dont la sexualité féminine est perçue dans les sociétés patriarcales. Comme le dit le résumé, un mec qui fait « la fiche parfaite » c’est bien vu, pourtant gare à la demoiselle qui ferait la même chose. Le film montre une certaine sororité entre les jeunes filles, notamment entre Charlotte, Aube et Mégane, qui sont amies d’enfance. Elles vont la suivre dans cette idée d’abstinence et embrigader les filles du magasins. Elles vont aussi prendre du recul sur leurs propos pour ne pas mettre à mal leurs amitiés. En effet, le film montre aussi le regard que des filles peuvent porter sur les personnes du même genre Certains garçons, avec qui elle a couché, étaient plus ou moins en couple avec d’autres filles du magasins qui le prenne très mal. Ces regards ne font qu’aggraver la situation et renforcer les stéréotypes masculins et féminins. Cela m’interroge aussi sur qu’est ce « qu’une salope dans le bon sens du terme », qui est d’ailleurs le titre du film en anglais. Je pense que le titre est ironique, mais en dehors de ce contexte, cela range pour moi, encore une fois les filles dans les cases de la bonne et mauvaise sexualité.

D’un autre côté, la réalisatrice Sophie Lorain a décidé de montrer des jeunes hommes qui cherchent à comprendre ces jeunes filles et prêt à essayer de se remettre en cause. Elle s’exprime dans le dossier de presse de la manière suivante :

« Entourer Charlotte de gars plus positifs déplaçait le combat. Ce n’est pas Charlotte VS les gars. C’est Charlotte VS la pression sociale qui demande aux filles d’être toujours parfaitement séduisantes mais sages, et de maintenir cet équilibre mystérieux et déconnecté. Il est là le combat. Les gars sont aussi victimes de pression sociale à un autre niveau. On ne voulait pas s’acharner sur eux. ».

Je trouve cette manière d’écrire bienvenue dans une société où les hommes doivent s’interroger sur les pressions qu’ils subissent aussi pour que la société puisse avancer et devenir égalitaire, notamment ici au niveau de la sexualité chez les adolescent.e.s. Je vous invite à lire l’interview du dossier qui amène d’autres sujets tous aussi intéressant.

La manière dont l’histoire est portée à l’écran, en dehors du scénario et des questions qu’il pose, très intéressante. Tout d’abord, le film est dans un très beau noir et blanc, qui pour moi va permettre de nous focaliser vraiment sur les personnages et non pas sur des détails du décors. La réalisatrice le dit elle-même :

« Tout le monde sait qu’une grande surface où l’on vend des jouets n’est qu’une orgie de couleurs primaires ce qui aurait eu pour eet de diluer la présence des trois filles dans l’environnement visuel et surtout de distraire le public du dialogue. C’est un film très verbeux et les dialogues de Catherine sont vrais, vifs et drôles. Je voulais que cette parole soit entendue. ».

Les scènes où Charlotte a des rapports sexuels sont assez furtives et pudiques. C’est le sujet du film, mais la réalisatrice n’en fait pas un spectacle. Enfin, et là cela relève plus du plan culturel et langagier, voir un film en québécois permet de se familiariser avec leur manière de parler et leurs expressions. De plus, le scénario amène beaucoup de références culturels, comme la chanson de « Carmen » chanter par Maria Callas. Aussi

Ainsi, je vous conseille vraiment d’aller voir ce film pour son sujet très important dans le contexte actuel où les combats féministes sont toujours présents. La scénariste confirme d’ailleurs que ce film est bien un film féministe. Si ce n’est pas des sujets qui vous touchent, l’aspect cinématographique mérite aussi le détour.

Crédit:

Les valseurs

Allociné

Youtube

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