Je ne suis pas un homme facile.

Cet article devait être publié sur une autre plate-forme en avril 2019. Je décide en ce mois de septembre 2019 de vous le proposer ici. En effet, beaucoup d’entre nous sommes déjà retourné.e.s au travail soit souvent dans des lieux où le sexisme et le patriarcat règne…

« Ils parlent tous comme des animaux 
De toutes les chattes ça parle mal 
2018 j’sais pas c’qui t’faut 
Mais je suis plus qu’un animal 
J’ai vu qu’le rap est à la mode 
Et qu’il marche mieux quand il est sale 
Bah faudrait p’t’être casser les codes 
Une fille qui l’ouvre ça serait normal »

Telles sont les paroles de la jeune chanteuse Angèle, qui cherche à dénoncer à travers sa chanson le sexisme ordinaire ou non, que les femmes subissent tous les jours. Cette chanson est maintenant accompagnée du très bon clip de Charlotte Abramow. Si vous n’avez pas eu l’occasion de le voir, foncez sur youtube ! Il y a aussi un making-off très sympathique.

Je ne vais pas faire cet article sur ce clip, mais sur un film sorti l’année dernière sur Netflix, le 13 avril 2018, et signé Eléonor Pourriat. En effet, avant le personnage de Raphaël dans Mon Inconnue de Hugo Gelin, sorti le 3 avril 2019, c’est celui de Damien joué par Vincent Elbaz, qui se retrouve dans un monde parallèle, dans une France matriarcale. Je spoile, mais le point commun des hommes de ces deux film est de se retrouver dans un monde parallèle, car ils ont été odieux avec une ou plusieurs femmes.

Nous argumentons souvent le podcast « Sorociné », dans lequel je participe, en expliquant que tout film réalisé par une femme n’est pas forcement féministe, mais ici c’est le cas. C’est un film féministe, réalisé par une femme et qui casse les codes, soit plusieurs bonnes raisons de vous en parler dans cet article.

Ce film est la version longue du court-métrage Majorité opprimée réalisé en 2010, par Éléonore Pourriat. En voici le résumé dans l’article de Thomas Messias «  »Je ne suis pas un homme facile »: la domination féminine, et puis quoi encore? » écrit pour Slate.fr, le 13 avril 2018 :

« Majorité opprimée raconte une journée presque ordinaire de la vie de Pierre (Pierre Bénézit), un homme comme les autres. Pierre croise une joggeuse torse nu qui le complimente, dépose son enfant chez l’aide paternelle, se fait siffler dans la rue, subit une agression de la part d’une bande de femmes, est accueilli sans délicatesse par la police lorsqu’il souhaite déposer plainte, subit les foudres d’une épouse lui reprochant sa tenue aguicheuse –tongs, short, chemise légèrement entrouverte. »

Soit toutes sortes de situations que nous pouvons vivre en tant que femmes. Selon le même article, le court-métrage a été vu presque neuf millions de fois et sept cent mille fois pour la version avec sous-titre anglais. Le film quant à lui est sorti sur Netflix dans 190 pays. Dans cette version, Damien se réveille dans un monde matriarcale et tombe amoureux d’une écrivaine croqueuse d’homme, Alexandra Lamour, qui va se jouer de lui. Cette histoire peut ressembler à beaucoup de films connus où un homme, aimant prendre du bon temps, se sert du talent d’une jeune femme. Noter le vocabulaire utiliser de manière complètement consciente, montrant déjà une différence de traitement sur la sexualité féminine et masculine. Il ne faut pas s’attendre à une histoire complètement originale. En effet, le scénario est classique : un couple se rencontre, se tourne autour, s’aime, se déchire, pour de nouveau se retrouver. Pourtant, ce qui est intéressant ici est l’inversion de la domination. C’est souvent les hommes qui mènent la danse dans les scénarios que je décris, ici c’est la femme. Eléonor Pourriat réalise donc une œuvre où l’effet miroir entre la société patriarcale et matriarcal est un des aspects les plus important du film.

Les différentes situations vécues par le personnage peuvent ressembler à un catalogue, mais elles reflètent bien les réalités vécues. Toujours dans le même article Thomas Messias écrit :

« La peur quasi-permanente, la sensation d’être un morceau de viande, l’injonction à sourire et à se montrer disponible: la quantité d’aberrations qu’Éléonore Pourriat parvient à pointer du doigt en si peu de temps donnerait presque la nausée. ».

Quant à la journaliste Arièle Bonte, elle liste d’autres éléments, dans son article « « Je ne suis pas un homme facile » : 4 raisons de voir ce film sur Netflix », écrit pour RTLGirl, le 5 mai 2018 :

« Quand Damien perd connaissance, ce sont « les pompières » qui viennent le chercher. Le cimetière du Père-Lachaise n’existe plus et a laissé place à la Mère-Lachaise. Dans la bibliothèque d’Alexandra, les noms des grands écrivains de la littérature française ont tous été féminisés tandis qu’au poker, les Reines l’emportent sur les Rois. Les hommes portent quant à eux le voile et les seins sont devenus un symbole de pouvoir que les femmes ne cachent pas. »

Voici d’autres exemples de scènes où l’inversions de rôles ou de propos grossissent encore plus les traits des situations problématiques. Au début du film, Damien se moque d’une de ses collègues pendant une réunion de projet. Déjà que le dit projet est assez dérangeant, il ne l’a laisse pas s’exprimer et la drague ouvertement. Il ne comprends pas que ce genre de situation puisse mettre une femme non consentante très mal à l’aise. Le lendemain, suite à son choc sur la tête, il retourne à son travail comme de rien n’était. En arrivant, il découvre une entreprise dirigée par des femmes, qui le matent et le sifflent à cause de son tee-shirt blanc très légèrement transparent. Puis, il est convoqué par sa cheffe d’entreprise. C’est la femme qu’il avait ridiculisé. Elle lui annonce que son projet n’est pas retenu, et il est horrifié par le projet qu’elle propose. Projet qui n’est que la version féminisée de ce qu’il proposait. Il est encore plus mal à l’aise quand elle lui propose de lui faire un cunnilingus pour que son projet soit accepté. En résumé, il se retrouve en position de victime d’une société dirigée par des femmes peu scrupuleuses et qui font des avances déplacées. Soit exactement l’entreprise que lui-même dirigeait dans sa vraie vie.

La deuxième scène dont je souhaite vous parlez est celle où Damien arrive chez Alexandra. Cette dernière apparaît quelques minutes avant dans le film seins nus en train d’écrire son roman. Éléonore Pourriat se confie sur cette scène à Cheek Magasine dans l’article «  »Je ne suis pas un homme facile » : la réalisatrice Eléonor Pourriat inverse les genres et tape juste. » du 13 avril 2018, les propos sont recueillis par Julia Tissier :

« Quand mon personnage féminin principal écrit torse nu chez elle, ce qui me plaît, c’est le trouble que ça provoque. On ne voit jamais ça au cinéma, ça nous renvoie plutôt à une autre image qu’on voit davantage: celle de l’homme qui écrit seul chez lui torse nu. Dans le film, l’actrice Marie-Sophie Ferdane est très belle, très sensuelle mais pas seulement, elle est également puissante. Habituellement, lorsqu’on voit une femme nue dans des films plus traditionnels, elle est sexy mais pas puissante. J’ai aimé changer ça avec une image qui prend le contrepied des représentations des femmes véhiculées par le cinéma. ». 

Ainsi, quand il arrive à son appartement-bureau, il la rencontre la chemise ouverte, comme s’il était d’accord pour voir son corps. De la part d’Alexandra c’est une marque de supériorité, du style : « je suis la patronne, je t’impose ce que je veux. ». Ensuite, elle laisse à peine Damien s’exprimer, le flatte alors qu’il en a pas envie, lui demande de faire son café et le laisse en plan sans indication de travail, encore une fois elle cherche à montrer qu’elle est la patronne. Cette scène peut sembler bizarre, mais c’est exactement de cette manière que peuvent se comporter certains patrons. Ne pas reconnaître chez leurs employé.e.s leurs qualifications, faire des remarques sur les tenues vestimentaires ou sur le physique qui n’ont pas lieu d’être, et affubler de petits noms de manière condescendante.

Pour finir, je veux parler d’une troisième scène courte, mais qui m’a marquée. Damien est dans un café avec le fils de son ami. Il sent que ce dernier ne va pas bien et le fait parler. L’adolescent lui explique qu’il est amoureux d’une fille, mais que cette dernière l’a coincé dans les toilettes et lui a ordonné de, je cite : « la lécher ». En tant que femme, je comprends, et vous aussi lectrice.s et j’espère lecteur.s, où est le problème. Pourtant, Damien est le parfait exemple montrant que la culture du viol perdure encore en France. Il lui dit en s’énervant à moitié d’oublier la demoiselle, d’oublier cette histoire et il ne comprends pas qu’il n’est pas pu sortir de cette situation sans exécuter les ordres de la jeune fille. Il tient exactement le genre de propos qu’il ne faut pas tenir, j’en suis persuadée, à une personne – femme et homme- victime de viol ou d’agression sexuelle.

Ces exemples de scènes, analysées dans l’ordre chronologique du film, montrent bien que le scénario va crescendo dans le sexisme, les propos violent et la violence elle-même. En effet, après avoir dit à l’adolescent de ne pas s’en faire, Damien va lui-même être victime d’une tentative de viol par des femmes dans un café. Dans cette scène, nous voyons bien que les autres femmes du café ne réagissent pas face à ce qui se passe. Certes, la tenancière du bar appelle ses amies, mais ne cherche pas à appeler la police, car je cite encore « elle ne veut pas d’ennuis ».

Je ne vous spoile pas la fin du film au cas où vous ne l’auriez pas encore vu, mais j’espère que cet article vous aura donné envie de le visionner. Je vous disais au début que je trouvais ce film féministe. La réalisatrice le dit elle-même dans l’article de Cheek magasine :

« Oui, on peut le dire! (Rires.) D’ailleurs, il serait temps que ce soit un mot que l’on utilise sans problème. Mon film est un film engagé, politique, féministe, et tout ça n’empêche pas qu’il soit drôle. »

Je vous invite aussi à consulter les articles que je cite tout au long de mon analyse. Ils sont riches et permettent d’approfondir d’autres aspects du film dont je ne parle pas ou peu. Je vous conseille aussi de regarder The mask you live in, documentaire américain de Jennifer Siebel Newsom, sur les masculinités toxiques et expliquant pourquoi les garçons peuvent avoir tels ou tels comportements.

Aussi d’écouter le podcast de Charlotte Bienaimé « Un podcast à soi » est plus particulièrement « Sexisme ordinaire en milieu tempéré ».

Je vous remercie d’avoir pris le temps de lire mon article jusqu’au bout. A très bientôt !

Source image: allociné, TV5 Monde et sens critique.

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